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4 décembre 2020 5 04 /12 /décembre /2020 08:42

 

 

 

 

1 er décembre 2020

Décodeurs  ou La fabrique de la Vérité par nos Juges médiatiques  à l’heure du tout-numérique

Le soutien quasi-inconditionnel aux nouvelles industries numériques, au projet de la « smart city » depuis la promotion régalienne de la « start-up nation », la volonté d’en atténuer systématiquement l’impact sanitaire, comme d’en négliger l’impact économique, éducatif, sociétal, est une orientation clairement idéologique dans la ligne éditoriale de la plupart des médias.

Il concourt à semer le trouble chez ceux qui doutent des bienfaits annoncés du tout-numérique. « L’innovation » et la « disruption » (1) sont les deux mantras du « progressisme » technico-numérique pour ce qui est considéré comme allant de soi dans le cours inéluctable de l’Histoire – telle est la basse sous-jacente de cette petite musique distillée quotidiennement. Le « principe d’innovation » concernant le monde du numérique se substitue au « principe de précaution » – pourtant durement arraché à force de lutte citoyenne contre les lobbys industriels, tendant à le "ringardiser".

Il n’est pas surprenant que le Président Macron, comme Thierry Breton (Orange, Atos…) au niveau européen, envisagent de détricoter le « principe de précaution » avec les ciseaux du « principe d'innovation ». Comme cela a été fait en protégeant le « secret industriel » contre les « lanceurs d’alerte », acte scandaleux qui n’a pas secoué plus que cela les médias. Nous savons donc déjà que si critiques il y aura de leur part, elles se feront à bas bruit ou relèveront de Tartuffe.

Comment ne pas voir que le monde du numérique fonctionne sur le mode d’une pensée magico-religieuse, allant jusqu’à un fanatisme ennemi du doute, qui nous parle de « dématérialisation », de cloud ou nuage mystique, et nous assure de l'innocuité des ondes : immaculée conception et souffle du Saint-Esprit.

Alors il lui faut ses grands prêtres et ses petits prêcheurs, tout aussi fanatiques.

 

La mise en place d'un Tribunal de la Vérité permanent à travers les Décodeurs et autres Checknews, est très instructive. Plus de zones intermédiaires ou d'entre-deux énonciatif sur cette question – plus que la Vérité en fonctionnement digital "Vrai"/ "Faux", 1. 0, catégorique, et comme si un biais idéologique n’existait plus. Une vérité cristalline de Jugement divin : voici le Vrai/voilà le Faux. Ces détecteurs quasi-machiniques de Vérité ne voient pas qu'intervient aussi dans leur quête de vérité un mode de "cherry picking" (2)... pourtant dénoncé par eux dans leur analyse des « fake news ». Les énormités énoncées sur tel ou tel réseau social qu’ils repèrent (comme si leurs lecteurs avertis ne savaient pas les détecter), n’empêchent pas leurs évitements informatifs, leurs biais de jugement, une non-information sur des sujets essentiels. Comment le citoyen lambda peut-il alors s’y retrouver quand les médias "traditionnels" de référence, ou "mainstream”, ont des partis-pris idéologiques si marqués s’agissant des nouvelles technologies numériques envisagées comme libératrices de l’humain ?

Les journalistes d’aujourd’hui sont assujettis à la loi du toujours plus vite communicationnel qui les fait applaudir sans distance critique à toute innovation numérique et technique. La vitesse de l’information et le bruit événementiel obèrent pour beaucoup le temps nécessaire au discernement, au doute et à l’analyse contradictoire. L’informatique est devenue leur nouvel "ADN" compulsionnel, ce qui fait qu’ils ne peuvent plus porter un regard tant soit peu critique sur ses effets sociétaux, énergétiques et écologiques, pour ne retenir que ceux-là.

Il est patent qu’ils ne semblent pas bien digérer la concurrence des news sur internet qui leur est cruelle, d’où leur traque maniaque du « complotisme » jusque dans les moindres recoins du net. Ils ne semblent pas non plus accepter le fait que l’on peut apprendre AUSSI par ce vecteur moins contrôlé, sujet à des affirmations douteuses ou erronées, mais plus ouvert aux non-dits ou s’écartant de la doxa "officielle" massivement relayée par eux.

Il serait intéressant de recenser les évitements de ces médias concernant le monde du numérique. En voici quelques exemples :

l’origine du capteur Linky, ruineux pour le contribuable, alors qu’il y avait des solutions plus simples et beaucoup moins onéreuses, relève d’un conflit d’intérêts et d’une forme de tromperie, dans une optique européenne de privatisation d’un bien commun. Sous prétexte d’intégrer les énergies renouvelables, ce capteur vise à accumuler un maximum de données et nous prépare à la taxe sur la voiture électrique, et donc à davantage de nucléaire en l’état des choses, en plus d’être un capteur intrusif et évolutif de surveillance des foyers qui nous prépare au monde merveilleux des objets connectés. Scoop pour personne si peu que l’on veuille prendre la peine d’investiguer un peu ;

ce capteur, que l’on veut imposer à tous, est fragile, daté, peu fiable et souffre de défauts de conception technique. Qui cherche à le savoir ?

la loi Abeille a été progressivement détricotée sans alarme médiatique ;

nous n’avons eu aucun écho du DAS trafiqué de téléphones mobiles révélé par le Dr Arazi en France puis par le Chicago Tribune, objet d’une plainte de la Justice californienne contre Apple, Motorola et Samsung, peut-être parce que ce n’était pour eux pas aussi grave que la tromperie des logiciels de voitures ;

nous ne lisons ni n’entendons que très peu d’informations sur les recherches pour des alternatives à la voiture électrique, vantée comme l’unique solution industrielle à nos maux écologiques en voie d’imposition, ce qui pourtant nous intéresserait ;

quand un multimilliardaire, tel Bill Gates, par exemple, dit se soucier du bien de l’humanité et de la planète, rajouter « philanthrope » (comme Le Monde) sans vérification des faits – c’est si normal ;

s’interrogent-ils pour savoir si l’engouement sans réserve pour la 5G, 6G…, les objets connectés, les fameux véhicules autonomes, les smart cities et le Great smart world idyllique partout sur la Terre et dans l’espace, ne relèverait pas d'une technolâtrie béate, pour ne pas dire infantile ;

enfin, que dire de l’absence de réaction des médias quand un fou furieux, afin de déployer la 5G et le très haut débit de la téléphonie mobile, est en train d’assassiner le ciel, suscitant le plus vif émoi de 2000 astronomes, d’astrophysiciens et météorologues ? Pas de Unes de protestation, d’appel international pour qu’on l’arrête, l’emprisonne ou l’enferme au plus vite en HP. Car ce ne sont pas MM. Thierry Breton et Charles Michel qui le feront pour l’Europe, au contraire.

 

Les historiens et sociologues nous expliqueront peut-être un jour pourquoi des médias d’une tradition issue de la gauche politique comme d’une écologie dite de gauche en sont à ce point devenus ce que leurs fondateurs auraient appelé des Appareils Idéologiques d’État.

Leur présupposé idéologique repose sur une suite de marqueurs :

après des années de démission des gauches et des Verts politiques face au néolibéralisme dominant toutes les sphères de la société, face aux effets dévastateurs de la mondialisation aujourd’hui avérés, et vu l’état de décomposition de nos sociétés qui s’en est suivi, le salut de l’humanité et de la planète viendra de la technologie, et donc du numérique.

surtout ne pas voir que les ondes artificielles pulsées, polarisées dans l’air et qui se multiplient dans la cité, en plus des cas d’électrohypersensibilité accrus, peuvent avoir leur part de contribution dans l’inflation des cancers et l’accroissement de l’exposome (3), ainsi que des conséquences néfastes sur le vivant en son entier. La pose d’antennes multiples dans notre environnement semble faire partie d’un ordre naturel des choses, présupposant une totale innocuité ou un très faible risque pour riverains et passants. Que l’on finisse par en arriver à vivre dans une sorte d’immense camp de transmission militaire en micro-ondes permanentes ne dérange pas grand monde. Tout va bien puisque les normes officielles, édictées par les industriels, basées sur les seuls effets thermiques, reconnues pourtant comme obsolètes par la Résolution 1815 du Conseil européen en 2011, sont respectées. Alors, « non prouvé » – on verra plus tard si il y a des dégâts, et tant pis pour le principe de précaution. On a déjà connu ça pour l’amiante, le tabac, les pesticides, les néonicotinoïdes etc. – autant de cadavres dans les placards des médias pour peu que l’on fasse quelques fouilles dans les archives de l’époque.

critiquer au nom du « progrès » et de « l’innovation » tous ceux qui s’alarment du développement du capitalisme mondial, néo-libéral ou de contrôle d’État, reposant sur le développement massif, réticulaire, tentaculaire des TIC (4), jusqu’au plus intime de la personne, puisque relevant d’un « humanisme » dépassé.

pratiquer un relativisme naïf face au projet de surveillance de masse par un totalitarisme numérique programmé, et ce via les objets mêmes du quotidien de plus en plus communicants. Le modèle chinois « d’innovation et de disruption », préfigurant notre avenir sociétal « d’efficacité numérique », ne les effraie pas tant que ça.

considérer l’anonymisation des données privées accumulées dans des Big Data/ Moloch énergivores, faisant des citoyens de la chair à données inépuisable, comme un fait sans grand danger, ni sans trop d’arrière-pensées intéressées, puisqu’il existe des organismes d’État, agréés, neutres et indépendants, pour y veiller le plus scrupuleusement.

se persuader que toute réserve sur la machinisation du quotidien, du sensible, toute critique de l’emprise aliénante du virtuel et des écrans sur le réel, l’éducation des enfants et l’humaine décision, toute distance à l’égard de l’addiction aux smartphones quasi-obligatoires, aux applis en tout genre, le refus d’un monde sans contact – est rétro, voire réactionnaire.

s'apitoyer sur les victimes de la « fracture numérique » sans voir, et encore moins vouloir analyser, la déshumanisation et la casse sociale que crée la robotique et le « distanciel » sur l’emploi en général et dans les services publics en particulier, au détriment de la présence humaine et des plus socialement fragiles.

se cacher que l’imposition du tout-numérique, sans le moindre débat démocratique, s’appuyant sur la fascination des masses envers des objets de confort infantilisant et le plus souvent inutiles, entre en complète contradiction avec les exigences d’une sobriété des besoins essentiels eu égard à la sauvegarde la plus urgente de notre planète, préoccupation qui remplit pourtant des colonnes entières de quotidiens comme les annonces alarmistes de nos journaux télévisés.

nier que le tout-numérique extensif, vu les ressources fossiles extractives qu’il nécessite, est un néo-colonialisme de fait, une exploitation humaine épouvantable et honteuse, loin de nos regards, qui aurait révulsé les écologistes-pionniers et la gauche « humaniste ». En plus d’être aux mains de la Chine pour le traitement des terres rares, l’impact très inquiétant de l’industrie numérique sur les écosystèmes ne les préoccupe pas du tout, ou très peu.

écarter de la main cette évidence : la « transition numérique » implique non seulement une société de surconsommation aberrante d’objets et d’obsolescence programmée, mais aussi une gabegie d’énergie dans la plus grande confusion d’une transition dite « écologique/énergétique » sur laquelle ils ne s’interrogent pas alors que ces deux mots ont une signification contradictoire de fait.

pour eux, « le progrès » tel qu’il va est dans la continuité d’esprit des Lumières et le gage de notre salut éternel, transcendant toutes les crises. Donc, il faut continuer à répéter cette antienne quelle que soit la gravité de la crise, y compris de celle intrinsèque à l’idée même de progrès (toujours dans l’accélération technologique irréfléchie au lieu d’une décélération raisonnée vers la résilience, par exemple, en ne se trompant pas d’urgence). On peut douter de tout (du politique, du nucléaire, de l’alimentaire, de l’industrie pharmaceutique, de certaines énergies renouvelables…) mais surtout pas du seul progrès « inéluctable » : « l’in-no-va-tion », « disruptive » (1) bien sûr, et le tout-numérique comme notre unique et indépassable horizon.

Nos Dicteurs de Vérité se poseront-ils un jour cette question : pourquoi beaucoup de leurs lecteurs ne leur accordent pas plus confiance qu’à celles de leurs gouvernants ? C’est que ces lecteurs, ou auditeurs, constatent un accompagnement idéologique accentué des desiderata des pouvoirs politico-économiques et une dérive manifeste dans la consanguinité des conflits d’intérêts, puisque sous la coupe financière de grands capitaines d’industrie. Ils observent la défaillance complète d’un manque général d’investigation, et une désinvolture évidente quant au contradictoire, qui est pourtant la base de leur déontologie.

Cela se remarque très visiblement sur le sujet de la société « dématérialisée »  du numérique, du monde merveilleux de la smart-city comme projet annoncé de civilisation. Ces médias, manifestement sous le coup d’une sidération de masse, sont à la fois les jouets du credo et le vecteur de transmission des lobbys au pouvoir, ce qui amenuise leur indépendance de jugement et leur ôte beaucoup de lucidité au vu de l’extrême gravité des enjeux. Leur cécité, ou évitement idéologique sur ces questions, fait qu’ils ne jouent plus leur rôle de contre-pouvoir, pourtant vital dans une démocratie.

Entretenir une distance critique envers toute innovation, relativiser les apports du « solutionnisme   technologique », cultiver un agnosticisme à l’égard de la religion de l’électro-numérique et de son progressisme miraculeux – c’est précisément le discours de la méthode qui manque aux médias.

 

Nous en concluons que la nouvelle fabrique de la Vérité, ou nouveau mode libéral de propagande d’État dans les médias, serait un excellent sujet de recherche universitaire, si tant est qu’une université publique et de recherche indépendante existe encore – et que les médias dits de « gauche » et « progressistes » aient encore le souci de vouloir les défendre véritablement.

 

 

(1) disruption : mot dérivé du latin disrumpere (briser, rompre). Disruptif est utilisé généralement pour indiquer ce qui se casse, se rompt, ce qui perturbe ou change profondément l’existant. Il se rapproche de l’anglais : disruptive. (Définition de L’internaute)

(2) cherry picking : technique consistant à sélectionner uniquement les éléments d'un ensemble pour aller dans le sens de sa thèse, à mettre en avant des faits ou données qui donnent du crédit à son opinion en passant sous silence tous les cas qui la contredisent.

(3) L’exposome : analyse des facteurs de risques non génétiques de nos maladies de civilisation – cancer, diabète, affections cardio-vasculaires, asthme, maux de tête, acouphènes… qui sont liées à l’environnement dans lequel nous évoluons.

(4) TIC : technologies de l’information et de la communication.

 

Cercle nantais pour une social-écologie (CNPSE)

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