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6 décembre 2018 4 06 /12 /décembre /2018 09:49

 

 

 

Jeudi 6 décembre 2018

Le port de Bayonne renoue avec la radioactivité et les mauvaises pratiques

Dans la plus grande discrétion, l’Aciérie de Celsa avec l’autorisation  des services de l’Etat (voir pièce 1) a entrepris en octobre dernier un chantier de traitements de terres d’excavation en utilisant de la Bauxaline issue des fameuses « boues rouges » produites à Gardanne et dont le taux de radioactivité est 4 à 8 fois supérieur au taux de radioactivité naturelle avec une forte teneur en métaux lourds. Dépolluer avec des matériaux pollués, une nouvelle alchimie surprenante !

 

Après avoir rendu inexploitables les friches délaissées par l’usine Fertiladour à cause de la radioactivité présente sur le site suite à l’activité du groupe Roullier, on en remet une couche  cette fois sur les terrains de l’aciérie fortement impactés par des pollutions diverses.

 

Bref rappel historique

L’usine Alteo de Gardanne, pour cesser les rejets de ses terres rouges au large de Cassis dans le parc national des Calanques (qu’elle a pollué pendant des années), le groupe Alteo en 2015 a investi dans des filtres-presses qui lui ont permis d’obtenir un sous-produit potentiellement valorisable dans la construction ou la dépollution des eaux ou des sols qu’elle a baptisé commercialement Bauxaline. Mais, dans l’attente de marchés pour écouler les quelques 300 000 tonnes annuelles issues du procédé, elle entrepose ses résidus de bauxite sur une colline proche de l’usine, à Gardanne  (Bouches-du-Rhône). Cela a donné lieu en avril dernier à un nouvel épisode de pollution suite à un vent violent qui a dispersé les terres vers les habitations  de Bouc Bel Air (https://www.usinenouvelle.com/article/a-cause-du-vent-alteo-remet-une-couche-de-pollution.N679689).

Selon le discours officiel, pour l’Ineris et l’industriel, la bauxaline est un déchet non dangereux. Le traitement par filtre-presse consiste à laver et déshydrater les boues pour les «blanchir». Les boues radioactives et chargées en métaux lourds (chrome, titane, rubidium, vanadium, mercure, moluten, arsenic, rubidium, aluminium, …) auraient été purifiées pour devenir un excellent liant possédant une forte capacité à fixer les polluants métalliques. C’est d’ailleurs la raison de leur arrivée sur le port de Bayonne, il s’agit de valoriser les terres excavées du chantier du futur laminoir fortement impactées par le plomb. (https://www.ineris.fr/sites/ineris.fr/files/contribution/Documents/ineris-ra2015-06-16-1468829999.pdf)

Sauf qu’en 2014, le Collectif Non aux boues rouges tirait la sonnette d’alarme.

Réalisée par le laboratoire Analytika, une première étude confirmait la présence de niveaux élevés de métaux lourds dans ce produit destiné à la couverture de décharges, de routes, de digues, de granulats d’argile, de ciments ou de supports agronomiques. La bauxaline affiche ainsi une teneur en chrome de 976,9 parties par million (ppm) alors que la valeur moyenne dans des sols non contaminés oscille entre 50 et 100 ppm. Même constat pour le titane -29.954 ppm contre 70 à 20.000 ppm- et pour le vanadium -744 ppm contre 90 à 150 dans un sol non contaminé.

Une deuxième étude, conduite par la Criirad, montre que le niveau de radiation dans la zone d’entreposage des boues rouges est 4 à 8 fois supérieur au niveau naturel. «Pour une présence de 6 minutes par jour, chaque jour de l’année, sur un sol remblayé avec ces boues rouges, l’exposition cumulée dépasse la valeur de 10 microsieverts par an (Sv/an), niveau au-delà duquel la directive Euratom considère comme non négligeable sur le plan radiologique l’impact d’une pratique nucléaire», conclut la Criirad. Les radionucléides contenus dans les boues –uranium 238 et thorium 232- impliquent par ailleurs une très longue persistance dans l’environnement : respectivement 4,5 et 14,5 milliards d’années. (http://www.journaldelenvironnement.net/article/metaux-lourds-et-elements-radioactifs-dans-la-bauxaline,53362)

 De son côté, Hexagones faisait apparaître le tableau suivant comparant les résultats d’Alteo et les siens : (https://lesbrindherbes.org/2014/12/13/scandale-de-lenvironnement-les-boues-rouges-toxiques-et-radioactives-de-gardane/)

Le port de Bayonne renoue avec la radioactivité et les mauvaises pratiques

Pourquoi sur Bayonne ? Explications

Pour Celsa, le chantier du futur Laminoir nécessitera d’excaver plus de 14 000 tonnes de matériaux réfractaires impactés au plomb. Une fois traité avec de la bauxaline (qui représentera environ 30% de ce volume), ce matériau sera utilisé sur le site de l’aciérie en sous-couche routière. Ce premier essai pourrait ainsi  donner des idées pour la suite et pourquoi pas donner lieu à un trafic régulier entre Alteo et Celsa pour traiter les scories de l’acierie en vue de les utiliser dans les divers chantiers de la région. Au risque de contaminer tous les sols environnants : un bel exemple d’économie circulaire où  le cercle vertueux a totalement disparu.

En attendant pendant plusieurs jours le mois d’octobre dernier, des dizaines de camions sont venus décharger la bauxaline sans être bâchés répandant leurs poussières radioactives et polluées au gré des vents.  Les ouvriers ont réceptionné cette terre « polluée » sans gants, sans masque, sans lunettes et sans combinaison comme au bon vieux temps où les ouvriers de Fertiladour broyaient la monazite radioactive sans aucun équipement approprié. Et tout cela à 150 mètres de l’école Notre de Dame des Forges.

Le comble dans cette histoire c’est qu’elle tombe au même moment où le journaliste Ramuntxo Garbisu sort son livre « Au-delà des morts» qui retrace la tragédie de Fertiladour. Visiblement, l’histoire n’aura pas suffit de leçon. Et on continue les mêmes pratiques inacceptables.  

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