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28 juin 2018 4 28 /06 /juin /2018 10:26

 

 

 

Par Nicolas Casaux

Il y a plusieurs décennies, lorsqu’il est devenu trop évident que la société industrielle constitue une catastrophe écologique, ses dirigeants ont décidé de lancer une vaste opération de marketing afin de calmer les inquiétudes qui commençaient à poindre. En bons professionnels de la communication, ils ont suivi un principe de base des relations publiques — expression synonyme de propagande, inventée par Edward Bernays, le double neveu de Freud et l’instigateur de la manipulation de masse en soi-disant démocratie, il y a près d’un siècle ; à ce sujet, il faut voir l’excellent documentaire en quatre parties d’Adam Curtis, The Century of the Self (Le siècle du moi). Principe qui consiste tout simplement à donner un nouveau nom à ce qui pose problème, et à le soumettre à une sorte de reconditionnement esthétique. Le développement posant problème, ils ont alors inventé le « développement durable ».

Cela consistait, grosso modo, à ne rien changer tout en prétendant que tout change[1]. À faire passer des changements de type cosmétique, insignifiants ou dérisoires (comme les labels MSC, FSC, Bio, etc.), voire de nouvelles nuisances industrielles (ampoules basse consommation, panneaux solaires et éoliennes, voitures électriques, etc.) pour de véritables avancées écologiques, permettant de préserver la planète. Il ne pouvait en être autrement, puisque ceux qui tiraient profit de l’ordre établi, de la civilisation industrielle, ne souhaitaient évidemment pas que les choses changent, ne voulant évidemment pas perdre leur pouvoir, leurs richesses, ni renoncer à leurs délires mégalomaniaques de domination et d’expansion. Il était donc hors de question pour eux d’encourager le démantèlement de l’économie high-tech mondialisée, l’abolition de l’État et du capitalisme, et de promouvoir l’avènement d’une myriade de cultures humaines à petite échelle, low-tech et véritablement démocratiques.

Près de 40 ans après l’invention de ce concept de « développement durable », la situation écologique planétaire, qui n’a jamais cessé d’empirer, est pire que jamais. L’inanité de ce concept est manifeste. Pourtant, d’un point de vue commercial, le « développement durable » est une incroyable réussite. Toutes les entreprises et tous les gouvernements s’en réclament. L’illusion fonctionne, notamment grâce au complexe médiatico-culturel doté de moyens colossaux et toujours plus envahissant qui n’a de cesse de relayer les mensonges du capitalisme vert.

L’imbécillité de toute cette entreprise de propagande culmine dans le festival de musique soi-disant « écolo » et « engagé » We Love Green. Cet évènement à but lucratif (co-produit par We Love Art Agency, Because Music – Corida, et Sony Music Entertainment), subventionné par des fonds publics (Mairie de Paris, Ademe, Ministère de la Culture, Région Île-de-France, RATP, etc.) et privés (Crédit Mutuel, GRDF, Nike, Tinder, Uber, Kering, la fondation ENGIE, etc.), organisé en coopération avec d’importants médias capitalistes (Le Monde, Konbini, Les Inrocks, etc.), des organisations (soi-disant) écologistes (WWF, Greenpeace, Alternatiba, FNE) et avec le Ministère de la transition écologique, illustre toute l’absurdité du « développement durable » : il est (peut-être) moins nuisible que ne l’aurait été un festival sans aucune prétention écologiste, mais il constitue néanmoins une nuisance écologique flagrante et, qui plus est, payante. Il sert de vitrine pour toutes les illusions vertes[2], ces nouvelles cautions supposément vertueuses de l’industrialisme. Il incarne précisément l’oxymore de l’écologie capitaliste high-tech, avec ses actions « éco-responsables », ses pépinières de Start-Up, sa compensation carbone, ses « écopasses » et ses « éco-consignes », ses camions frigorifiques mutualisés, ses ampoules basse consommation et ses panneaux solaires.

Évidemment, rien de tout ça ne sert à lutter contre l’État, contre le capitalisme, ou contre la civilisation industrielle et son expansion mortifère. Cela ne fait qu’alimenter l’industrie du divertissement et de la propagande écocapitaliste. Qu’on y aille pour faire la fête ou pour la musique, pourquoi pas, si on a de l’argent à perdre, mais la moindre prétention écologiste serait considérablement déplacée.

Nicolas Casaux

Correction : Lola Bearzatto

 

  1. Ceux qui ne comprennent pas en quoi le « développement durable » est une arnaque trouveront ici de nombreux articles qui l’exposent en détail : http://partage-le.com/2017/02/lecologie-du-spectacle-et-ses-illusions-vertes/http://partage-le.com/2017/09/7654/http://partage-le.com/2017/09/du-mythe-de-la-croissance-verte-a-un-monde-post-croissance-par-philippe-bihouix/http://partage-le.com/2017/02/des-dangers-du-developpement-durable-ou-capitalisme-vert-par-derrick-jensen/http://partage-le.com/2016/06/le-desastre-ecologique-renouvelable-des-tokelau/http://partage-le.com/2016/02/cet-insoutenable-mot-de-developpement-par-fabrice-nicolino/http://partage-le.com/2015/12/le-developpement-durable-est-un-mensonge-par-derrick-jensen/
  2. Ceux qui ne voient pas à quoi je fais référence trouveront ici de nombreux articles qui exposent les réalités des énergies dites « renouvelables », que le chercheur américain Ozzie Zehner qualifie d’illusions vertes http://partage-le.com/2017/02/lecologie-du-spectacle-et-ses-illusions-vertes/ – http://partage-le.com/2016/11/les-illusions-vertes-bruler-des-forets-replanter-des-monocultures-darbres-pour-produire-notre-electricite/ – http://partage-le.com/2015/03/les-illusions-vertes-ou-lart-de-se-poser-les-mauvaises-questions/ – http://partage-le.com/2017/01/les-illusions-vertes-le-cas-des-barrages-non-le-costa-rica-nest-pas-un-paradis-ecologique/ – http://partage-le.com/2017/07/letrange-logique-derriere-la-quete-denergies-renouvelables-par-nicolas-casaux/ – http://partage-le.com/2016/12/le-mythe-des-energies-renouvelables-par-derrick-jensen/ – http://partage-le.com/2016/06/le-desastre-ecologique-renouvelable-des-tokelau/ 

 

 

 

Source : http://partage-le.com/2018/06/we-loge-greenwashing-festival-vitrine-de-lecocapitalisme-par-nicolas-casaux/

 

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