Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 17:18

AHT EZ - 1

 

 

L'opinion - Tribune Libre

01/03/2013

Par Pierre Recarte / Association Nivelle-Bidassoa, membre du Cade


Le développement du réseau à grande vitesse en Espagne repose sur les mêmes allégations que celles avancées par nos responsables politiques. Lors de l’inauguration du tronçon Barcelone-Figueres, Mariano Rajoy déclare que le TGV permet “d’effacer les distances” et “d’unir les territoires”, Ana Pastor, la ministre des Transports, y voit “le moteur du développement économique” et un exemple “d’optimisation des ressources publiques” ! Quant au prince des Asturies, il insiste sur la LGV comme élément “d’organisation territoriale” qui fait de l’Espagne un “modèle” à imiter par tout le monde. Fermez le ban ! Quelle est la part de vérité et d’affabulation dans ce type de déclarations ?


Où en est l’Espagne ?

Selon l’International Union of Railways, l’Espagne comptait en juillet 2012 2 144 km de lignes à grande vitesse, 1 679 km en construction (sur les 2 936 km en chantier dans toute l’Europe) et 1 702 km en projet. Le réseau ibérique de la grande vitesse totalise désormais 3 000 km, l’Espagne est le deuxième pays au monde, derrière la Chine, et le premier en Europe, pour le kilométrage de LGV en service. L’investissement public jusqu’en 2010 (hormis la ligne Madrid-Séville) a dépassé 40 milliards d’euros.


Des LGV non rentables

Quoi que prétendent les responsables politiques espagnols, les faits démontrent que les LGV sont un gouffre à argent public. Aucune ligne n’est rentable, toutes les lignes sont déficitaires.


Avec un peu plus de 20 millions de passagers sur tout le réseau en 2011, l’investissement dans la grande vitesse n’atteint pas le seuil minimum de rentabilité établi par la Commission européenne, soit 9 millions de passagers annuels par ligne. Mêmes les lignes emblématiques, Madrid-Barcelone ou Madrid-Valence, ne dépasseront pas les 6 et 3 millions de passagers, respectivement, dans leur 1re année de service, comme l’explique Gérard Llobet, analyste de Fedea (Fondation des études d’économie appliquée). La synthèse élaborée par le Racc à partir de différentes études va dans le même sens : “Aucune des lignes à grande vitesse en exploitation en Espagne n’atteint le seuil minimum de rentabilité compte tenu du faible volume de voyageurs transportés.” Ainsi, Madrid-Séville et Madrid-Barcelone avec 14 000 et 9 000 passagers par kilomètre de voie construite restent très en deçà des fréquentations des lignes Paris-Lyon (59 000), Cologne-Francfort (51 000) ou Tokyo-Osaka (235 000).


“Une folie”

Pour Llobet, “il est pratiquement impossible de dégager un quelconque bénéfice” dans l’exploitation du réseau “sans subventions, du fait des coûts élevés de fonctionnement et de maintenance de l’infrastructure” estimés entre 100 000 et 200 000 euros par km et par an.


Un véritable fiasco : la vente des billets ne couvre pas le coût du service et le système tient à coût de subventions. Jusqu’à quand ?


Début juillet 2011, il a fallu fermer la ligne à grande vitesse Tolède-Cuenca-Albacete. Elle transportait en moyenne neuf passagers par jour et “perdait” 18 000 euros par jour, sans tenir compte de l’amortissement de l’investissement ! Sa construction avait coûté la bagatelle de 3,5 milliards d’euros ! La ligne Madrid-Valladolid, 4,2 milliards d’euros, le Fomento [“Développement”, ndlr] reconnaît qu’elle est très loin d’être rentable avec 119 000 voyageurs en 2010.


Le gouvernement lui-même admet que la grande majorité des LGV grande distance a enregistré des pertes en 2011 et que les recettes (hors subventions) ne couvrent pas les pertes. Il essaie de minimiser ce gâchis en annonçant des résultats d’exploitation positifs pour les lignes emblématiques au départ de Madrid vers Barcelone, Séville, Málaga ou Valence.


Mais ces résultats n’incluent ni le coût de l’infrastructure ni l’achat des trains ! L’investissement dans les LGV n’est pas amorti et représente donc un énorme gaspillage d’argent public. L’argent investi ne sera pas récupéré. “C’est une folie”, s’écrie César Molinas, un ex-conseiller de la Renfe [compagnie des chemins de fer espagnols].



Et la France ?

En 2008, la France a transporté 113 millions de passagers en TGV. Selon Hervé Mariton, député, membre de la commission des finances, toutes les LGV rentables ont été construites ou sont en voie de l’être.


Dès 2008, la Cour des comptes met l’État en garde : “Le lancement de nombreux projets dont la rentabilité socio-économique est insuffisante est d’autant plus inquiétant que les bilans a posteriori des lignes à grande vitesse mettent en évidence une rentabilité en général bien plus faible qu’espérée initialement.” En 2011, elle s’invite à nouveau dans le débat : “Les ressources actuellement prévues (2 M d’euros par an) sont insuffisantes pour financer la mise en œuvre des 14 lignes qui avaient été envisagées.”


Récemment, en juillet 2012, dans un rapport, elle enfonce le clou : les projets inscrits dans le Grenelle de l’environnement “pourraient se traduire par une forte croissance des investissements publics dans les prochaines années qui ne paraît pas compatible avec la situation financière du pays. Pour être lancés, ces investissements doivent d’abord être rentables”.


RFF [Réseau ferré de France] envisage 6,9 millions de voyageurs sur Bordeaux-Espagne, dont 2,5 millions grâce au GPSO [Grand Projet Sud-Ouest]. Une présentation fallacieuse car tous les voyageurs n’emprunteront pas la LGV, des trains régionaux continueront de circuler sur la ligne existante. Alors combien de voyageurs réellement attendus ? Construire une nouvelle ligne pour éventuellement capter 2,5 millions de voyageurs supplémentaires, est-ce rentable ? L’autoroute ferroviaire a-t-elle un avenir avec à terme 9 ou 10 allers-retours quotidiens et non 27 comme RFF l’affirme ?


Ces questions, les membres de la commission Mobilité 21 devront se les poser sérieusement. Auront-ils la sagesse d’écouter toutes ces mises en garde et de suivre la voie de la raison ou sombreront-ils dans la “folie” qui s’est emparée de l’Espagne en empruntant “les rails de la déraison” ? Réponse attendue entre avril et juin.


 

 

Source : http://www.lejpb.com/paperezkoa/20130301/390360/fr/LGV--France-va-t-elle-suivre-l%27exemple-l%27Espagne-dans-derive-des-gaspillages-publics-

 

Partager cet article
Repost0

commentaires