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19 avril 2018 4 19 /04 /avril /2018 20:50

 

 

 

Le changement climatique est intrinsèquement lié à l’eau, tant par ses causes que par ses conséquences. Les conséquences, nous les connaissons tous-tes : sécheresses, désertifications, inondations et autres catastrophes climatiques sont toutes liées au surplus ou à l’absence d’eau. Concernant les causes, en revanche, notre gestion des cycles de l’eau est rarement considérée comme un facteur du changement climatique. Pourtant, les activités humaines sont responsables de nombreuses perturbations du cycle de l’eau, participant ainsi au dérèglement climatique aux niveaux local et global. Heureusement, ce processus est réversible. 

 

 

L'eau et le changement climatique

Dans son rapport de 2014, le Groupe d'expert intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) évaluait à 95% la probabilité que l'activité humaine soit la cause principale du réchauffement climatique observé. Si l'on ne doute plus de l'impact de l'activité humaine sur le climat, on attribue comme cause principale au changement climatique l'émission de gaz à effet de serre (GES). La priorité actuelle est donc la réduction des émissions de ces gaz afin de limiter la hausse des températures à 2°C d'ici la fin du siècle. Or le changement climatique est loin de se limiter à cette problématique. En effet, le même groupe d'expert (GIEC) reconnait clairement que le grand cycle de l'eau est directement affecté par les activités humaines.

C'est par l'eau que l'on perçoit le plus rapidement et le plus facilement les impacts du changement climatique au travers de nombreux évènements climatiques extrêmes. Par ailleurs, déforestation, agriculture intensive, urbanisation et industrie sont autant d’activités humaines responsables des perturbations du cycle de l’eau qui contribuent aux déséquilibres climatiques locaux et globaux.

Ainsi les perturbations du cycle de l'eau constituent à la fois une cause et une conséquence du changement climatique. C'est à nous de nous saisir de cet élément comme levier pour lutter contre le dérèglement climatique.

au à la terre pour restaurer le climat 

Cycle de l'eau et climat : les interrelations

Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat

L'eau est impliquée à tous les niveaux du système climatique. Cette présence engendre une relation étroite et réciproque entre l'eau et le climat. Pour mieux comprendre ces échanges, regardons d'un peu plus près le cycle de l'eau.

Le cycle global de l'eau correspond à l'ensemble des échanges d'eau entre l'atmosphère, l'hydrosphère et la biosphère. L'eau est extrêmement mobile, ce qui lui permet de naviguer entre l'atmosphère et les réservoirs terrestres (océans, nappes souterraines, rivières, lacs ou encore glaciers). Sa mobilité est assurée par son changement d'état : gazeux, solide ou liquide, lui-même permis grâce au soleil et son rayonnement qui dégage de l'énergie thermique.

A l'intérieur du grand cycle de l'eau se trouve, à l'échelle d'une région ou d'un bassin versant, le cycle local de l'eau. Le mécanisme est identique mais concerne une zone géographique moindre : l'eau évaporée retombe localement sous forme de pluie, elle s'infiltre ensuite, alimente les végétaux et les nappes avant de s’évaporer à nouveau. L'eau contenue dans l'atmosphère et dans les sols joue un rôle clef dans la thermorégulation locale de notre planète. Ainsi le cycle local de l'eau influence le climat local.

Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat

On retrouve ici l'interrelation liant l'Eau et le Climat : le changement climatique perturbe le cycle de l'eau, de la même manière que les dysfonctionnements du cycle de l'eau impactent le climat.

La diminution de l’infiltration et de l’évapotranspiration, en raison des activités humaines, modifie le rechargement de l’atmosphère en eau conduisant au dérèglement du microclimat en place.

De ce fait, le maintien de l’équilibre du cycle local de l’eau et donc de son cycle global apparait comme prioritaire pour lutter contre le changement climatique actuel mais également pour en diminuer ses impacts.

 

Rétablir l'équilibre du cycle de l'eau

La consommation d’eau par les activités humaines ne cesse de croitre. L’augmentation de ces prélèvements, couplée à une baisse de la qualité de l’eau issue des nombreux rejets et pollutions, sont des facteurs supplémentaires au changement climatique. Les réserves d’eaux superficielles et souterraines sont surexploitées, limitant leur capacité de stockage. Ce stockage est lui-même fragilisé par une baisse de l’infiltration de l’eau, résultant d’une imperméabilisation des sols et d’une diminution du couvert végétal. Le cycle de l’eau est raccourci : l’eau de pluie rejoint plus rapidement les cours d’eau puis les mers et océans, mettant à mal le système de restauration de la biosphère et modifiant le cycle local de l’eau.

L’équilibre du grand cycle de l’eau est rompu, ce qui impacte directement la thermorégulation de notre planète.

Heureusement, partout dans le monde, des alternatives urbaines, agricoles, énergétiques et industrielles respectueuses du cycle de l’eau et du climat existent et se multiplient. Des solutions fondées sur la nature, utilisant les écosystèmes, permettent de lutter contre le changement climatique, tout en promouvant un mode de vie plus en adéquation avec notre environnement.

Alternatives dans le domaine agricole

La productivité de l’agriculture constitue un défi majeur pour l’alimentation de notre planète. En effet, l’agriculture moderne est source d’émission de gaz à effet de serre, de forte consommation et de pollution de l’eau durant les processus de production mais aussi par les transports, les traitements et les emballages que ces produits nécessitent. L’agriculture conventionnelle a contribué à la diminution des surfaces forestières ainsi qu’à la baisse de la diversité biologique des terres, impactant le cycle de l’eau.

Il existe différents modèles agricoles se distinguant par leurs impacts sur l’environnement. De nombreuses alternatives sont mises en place avec comme priorités la lutte contre le changement climatique et l’adaptation à ses conséquences.

On distingue aujourd’hui plusieurs courants agricoles (liste non exhaustive) :

- l’agriculture biologique regroupe la non-utilisation de produits phytosanitaires et d’intrants non naturels,

- l’agroécologie va un peu plus loin en imitant des processus écologiques dans la production agricole avec pour objectif la préservation de l’environnement et des ressources naturelles. Elle inclue par exemple l’agroforesterie, la gestion intégrée des ravageurs ou encore l’association de cultures.

- pour finir la permaculture est plus vaste en se rapprochant d’un concept plus que de pratiques agricoles. Elle vise à recréer la diversité et l’interdépendance existant naturellement dans les écosystèmes naturels. En se basant sur les deux précédentes, elle englobe un mode de vie humain durable et respectueux de l’environnement (énergies renouvelables, écoconstruction).

On y retrouve des techniques agricoles optimisant l’utilisation de l’eau et permettant l’infiltration de l’eau dans les sols : micro-irrigation, récupération des eaux de pluie, intégration de haies et arbres dans les paysages agricoles, cultures en bandes alternées, rotation des cultures, techniques de semis sous couvert végétal etc.

 

Alternatives en zone urbaine

L’urbanisation, en artificialisant et imperméabilisant les sols, contribue pour beaucoup à la dégradation des microclimats. L’assainissement et ses réseaux, sous leur forme standard, ne permettent pas aux eaux usées, même traitées, de s’infiltrer dans les sols et de réintégrer le cycle local de l’eau. Les eaux des toitures et des rues imperméabilisées sont directement conduites par les réseaux d’assainissement aux stations d’épuration puis rejetées dans les rivières puis les mers et océans, quittant les cycles locaux de l’eau. La ville rejette ainsi son eau plutôt qu’elle ne l’intègre.

A cela s’ajoute la forte concentration des usages humains et économiques qui entraîne des prélèvements massifs dans les nappes et les rivières. L’ensemble de ces pratiques impacte le cycle local de l’eau et dérègle les microclimats. La ville subit à son tour les conséquences du changement climatique et connait par exemple les phénomènes d’îlots de chaleur urbains. Celui-ci engendre localement une augmentation des températures, en partie dû à la forme des villes qui réverbère et piège le rayonnement solaire. La mauvaise qualité de l’air mais aussi l’intensification des évènements extrêmes (canicules, inondations) sont autant de conséquences au changement climatique qui traduisent la faible résilience des villes face à ces transformations.

Il est donc indispensable d’intégrer les villes au fonctionnement du cycle de l’eau afin de rétablir les microclimats, tout en assurant leur adaptation face au changement climatique.

 

Alternatives dans le domaine de l'industrie

Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat
Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat
Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat

L’industrie dans son ensemble peut gravement affecter la ressource en eau. Pompage en très grande quantité, utilisation massive de produits chimiques toxiques, rejets d’eau polluée dans les milieux naturels, déboisement massif et recul du couvert végétal dus à l’étalement des zones industrielles...sont autant de menaces que les activités industrielles font peser sur le cycle de l’eau.

Le domaine de l’énergie est particulièrement concerné. L’extraction de gaz et huiles de schiste par exemple, outre son utilisation massive d’eau lors de la fracturation, pose d’énormes problèmes de pollution en libérant des produits toxiques dans l’eau injectée mais également dans les nappes environnantes.

L’eau est alors totalement détournée de sa fonction causant des dérèglements sur le cycle hydrologique. La déstructuration des paysages impacte également le cycle de l’eau : elle déstabilise les processus naturels et augmente la fragilité de ces territoires.

Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat
Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat
Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat

De nombreuses alternatives existent pour limiter les perturbations sur le cycle de l’eau, et rendre une eau de qualité à la terre. Parmi elles, on retrouve :

- le traitement des eaux usées par la phytoépuration pour certaines industries, en usant des plantes et végétaux afin de réintroduire une eau de qualité dans nos sols.

- la limitation des prélèvements en eau par l’utilisation d’eaux usées ou ReUse. Cette technique permet de récupérer les eaux noires (eaux urbaines ou industrielles), qui, une fois traitées, peuvent alimenter les activités industrielles et plus largement agricoles voire urbaines.

- la consommation d’énergies renouvelables, afin de concurrencer les énergies fossiles et ainsi réduire l’extractivisme. L’énergie solaire, éolienne, ou encore les biogaz sont des sources de production plus respectueuses de la ressource en eau et de l’environnement. Les sources d’énergies à échelle humaine, en adéquation avec les besoins : mini-centrales hydrauliques ou micro-barrages, sont à favoriser.

Les industries dans leur globalité impactent durement le cycle de l’eau et l’environnement, des solutions existent pour diminuer leurs impacts tant en termes de consommation qu’en termes de pollution afin de ne plus concurrencer l’accès pour l’homme et la nature à une eau de qualité.

 

Alternatives à la déforestation

Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat
Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat
Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat

La Terre possède différents poumons : les océans et les forêts, chacun stockant chaque année, par photosynthèse, une quantité importante de dioxyde de carbone atmosphérique. Les systèmes végétaux sont indispensables à la production d’oxygène et à l’épuration de l’air.

Outre leur rôle dans le cycle du carbone, les forêts ont également un rôle fondamental dans le cycle de l’eau :

- elles favorisent l’infiltration de l’eau et le rechargement des nappes phréatiques grâce à leurs racines et à la biomasse du sol qui limitent l’érosion et le ruissellement ;

- elles participent à la formation de nuages par évapotranspiration des végétaux et limitent ainsi le phénomène de réchauffement.

Aujourd’hui les forêts sont en constante diminution, concurrencées par de nombreuses activités humaines : étalement urbain et agricole, activités extractives, industrie du bois, papeterie… Toutes ces activités mettent en péril le poumon vert de la Terre.

Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat
Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat
Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat

Il est indispensable de redonner leur place aux forêts tout en trouvant des alternatives à leur disparition. En voici quelques-unes :

- favoriser les exploitations raisonnées et durables des forêts en exerçant des rotations, en prenant en compte la continuité du couvert forestier ainsi que son temps de régénération ;

- permettre le reboisement, en limitant l’expansion des terres agricoles destinées à des cultures mono-spécifiques (tel que l’huile de palme, l’avocat, les amandiers…) et en prônant la compatibilité des arbres avec les productions agricoles ;

-limiter l’étalement des activités concurrentes source de déforestation (urbanisation, agriculture, industries, extractivisme) et assurer des mesures compensatoires.

 

Alternatives à la destruction des zones humides

Les zones humides sont des terres qui sont imprégnées ou recouvertes d'eau douce, salée ou saumâtre, de façon permanente ou temporaire. Les zones humides peuvent être de différentes formes : continentales, littorales ou aménagées et regroupent une grande diversité : marais, tourbières, bras secondaires et morts des rivières et fleuves, forêts alluviales et inondées, mangroves… En plus d’avoir un rôle écologique énorme (épurateur de l’eau et filtre des substances toxiques, niches écologiques et refuges pour de nombreuses espèces), ces zones jouent un rôle clé dans la régulation du cycle de l’eau :

- zones de tampons lors des phénomènes hydrologiques intenses (crues, tsunamis, inondations) ;

- réservoirs pendant les périodes d’étiages (période de l'année où le niveau d'un cours d'eau est le plus bas) ou les épisodes de sécheresses.

Leur préservation est donc essentielle face au changement climatique car elles sont sources d’atténuation par leur capacité à stocker le carbone et de protection contre les évènements climatiques extrêmes et contre l’érosion des berges et du littoral.

Jugées comme inutilisables à des fins productives, ces zones ont rapidement diminué face à la pression des activités humaines. L’aménagement du territoire en favorisant l’enfermement des rivières et la mise en place de système de drainage a ainsi conduit à l’assèchement et le remblaiement des zones humides

Cependant, face aux nombreux services écosystémiques rendus par les zones humides et face à leur pouvoir de régulation du cycle de l’eau, il est aujourd’hui indispensable de leur rendre leur place et leurs fonctions. La cohabitation entre zones humides et activités humaines est possible :

- en valorisant ces zones riches pour d’autres activités comme l’agriculture : mise en culture et zone de pâturage selon les périodes de l’année ;

- en couplant les techniques de phytoépuration aux zones humides pour assurer un traitement de ces eaux et favoriser leur retour dans le cycle de l’eau ;

- lieu de vie et de loisirs, l’aménagement des villes peut intégrer ces espaces afin de les rendre accessibles à tous.

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Pour l'intégration des activités humaines au cycle de l'eau

- Il est désormais urgent d'agir pour lutter contre le changement climatique, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, et en rétablissant l'équilibre des cycles local et global de l'eau. Les fonctionnements écologiques et les écosystèmes sont une véritable source de solutions.

Eau et climat : Rendons l’eau à la terre pour restaurer le climat

Pour ce faire, ces changements de cap doivent avoir lieu à des échelles locales afin d'être propres à chaque contexte et chaque environnement. Il est nécessaire que, dès à présent, chacun d'entre nous s'engage à son échelle pour protéger le cycle local de l'eau et les microclimats. Redonnons à la terre sa capacité à stocker l'eau et économisons cette ressource précieuse, bien commun de l'humanité.

 

L'eau comme levier d'action

La mobilisation citoyenne est l’une des clés permettant, à l’échelle locale et face à des contextes variés, d’enclencher de justes transitions. Que ce soit au niveau environnemental, énergétique, social, économique ou politique, ces actions font la différence en construisant et développant des alternatives durables.

Toute implication commence par l’intérêt et la curiosité. Si vous souhaitez en savoir plus ou informer autour de vous sur les causes du dérèglement climatique, des perturbations des cycles local et global de l’eau, de nombreuses organisations proposent des débats, conférences, et documents explicatifs : la Fondation France Libertés, la Coordination Eau Île de France, la Coalition EauGreen crossWWF, le Mouvement des Colibris, les Agences de l’Eau et bien d’autres.

Des actions simples peuvent être directement réalisées au quotidien pour économiser la ressource en eau :

- en évitant sa surconsommation et en réduisant le gaspillage (surveillance de son compteur d’eau pour éviter les fuites, utilisation d’appareils ménagers économes) ;

- en réutilisant l’eau de pluie (pour arroser son jardin ou nettoyer sa voiture) ;

- des solutions plus technologiques peuvent également être mises en place comme l’utilisation de réducteurs de débit ou de mitigeurs.

 Ou indirectement en surveillant ses activités annexes :

- en économisant l’énergie (habitat écologique, transports en communs) et en utilisation des énergies renouvelables ;

- en privilégiant une alimentation locale en soutenant les commerces et l’agriculture de proximité, tout en favorisant les produits issus d’une agriculture économe en eau et respectueuse de l’environnement ;

- en prenant en compte l’empreinte eau dans ses produits de consommation courants (provenance des produits, gourmandise en eau, et durée de vie de ces produits).

Pour mener des actions collectives, de nombreuses associations, collectifs et organisations existent et permettent de se rassembler en participant à des projets citoyens (végétalisation de quartier, agriculture urbaine, AMAP, ..).

Pour savoir ce qui se passe près de chez vous, le site Reporterre regroupe de nombreux rendez-vous et actualités. Le site du Mouvement des Colibris indique également les lieux et acteurs du changement dans votre quartier !

 

 

Source : https://uneseuleplanete.org/Comment-s-039-impliquer

 

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